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Le Petit Poisson Noir - Ata Gallery - Peinture Numérique - Digital Painting

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Art Moderne Contemporain Numérique, Modern Contemporary Digital Art
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Le Petit Poisson Noir

Trois récits. Une seule question. Pas de réponse facile.
Nager à contre-courant n'est pas une révolte. C'est une façon de vivre.






Le Petit Poisson Noir
Ce chef-d'oeuvre de la littérature iranienne de Samad Behringui est publié en 1968
Traduit et illustré par Ata



Samad Behraingui (1939-1968), écrivain et chercheur iranien, est une figure majeure de la littérature pour enfants grâce à son conte emblématique Le Petit Poisson Noir. Ses récits, mêlant réalisme social, symbolisme et folklore, offrent aux jeunes lecteurs des clés pour comprendre les enjeux moraux et sociaux. Bien que sa vie ait été brève, son œuvre profondément humaniste continue d’influencer générations d’écrivains et de lecteurs.
Les illustrations
Les illustrations du Petit Poisson Noir dansent en harmonie avec les couleurs et les formes du Petit Poisson Rouge, tissant entre les deux récits un fil invisible où l’art et le rêve se répondent comme un écho.





C'était la nuit de Yalda, la première nuit d'hiver. Au fond de la mer, un vieux poisson avait réuni autour de lui douze mille de ses enfants et petits-enfants. Il leur racontait une histoire :
 
« Il était une fois un petit poisson noir qui vivait avec sa mère dans un cours d'eau. Ce cours d'eau jaillissait des parois rocheuses de la montagne et coulait au fond de la vallée.

Un petit poisson noir qui vivait avec sa mère dans un cours d'eau.

La maison du petit poisson noir et de sa mère se trouvait derrière une pierre noire, sous un toit de mousses. La nuit, tous les deux dormaient sous les mousses. Le petit poisson noir gardait au fond du cœur le désir de voir, au moins une fois, le clair de lune dans leur maison !

La mère et l'enfant, du matin au soir, se suivaient l'un l'autre, et parfois aussi se mêlaient aux autres poissons. Ils allaient et venaient très vite dans un petit espace.

Cet enfant était unique car, des dix mille œufs qu'avait pondus sa mère, lui seul avait survécu.
 
Depuis quelques jours, le petit poisson était préoccupé et parlait très peu. Avec lassitude et sans entrain, il allait et venait d'un côté, de l'autre, et la plupart du temps il se laissait distancer par sa mère.

La mère croyait que son enfant souffrait de quelque malaise qui passerait bientôt. Mais ne dis rien, car la souffrance du petit poisson noir venait d'autre chose !

Un matin, avant l'aube, avant que le soleil ne se lève, le petit poisson réveilla sa mère et dit :
 
— Mère, je voudrais te parler de quelque chose.

La mère, encore somnolente, répondit :

— Cher enfant ! Quel moment tu as choisi ! Garde ce que tu as à dire pour plus tard, n'est-ce pas mieux d'aller se promener ?

– Non, mère, je ne veux plus me promener. Je voudrais partir d'ici.

– Faut-il absolument que tu partes ?

– Oui, mère, il faut que je m'en aille.

— Mais enfin, si tôt le matin, où veux-tu aller ?
 
— Je veux aller voir où se termine le cours d'eau. Tu sais, mère, cela fait des mois que j'y pense, et jusqu'à présent je n'ai toujours pas pu trouver de réponse. Depuis hier soir jusqu'à maintenant, je n'ai pas fermé l'œil, j'ai pensé sans arrêt. Finalement, j'ai décidé d'aller moi-même trouver la fin du cours d'eau. J'ai envie de savoir ce qui se passe ailleurs.
 
La mère rit et dit :
— Moi aussi, quand j'étais enfant, je pensais beaucoup à ces choses-là. Mais enfin, mon chéri ! Le cours d'eau n'a ni début ni fin ; il est ce qu'il est ! Le cours d'eau s'écoule toujours et n'arrive jamais nulle part.
— Mais enfin, mère chérie, n'est-ce pas ainsi que toute chose arrive à sa fin ? La nuit arrive à sa fin, le jour arrive à sa fin ; la semaine, le mois, l'année…
 
Sa mère l'interrompit au milieu de sa phrase et dit :
— Laisse de côté ces grandes paroles, lève-toi et allons nous promener. C'est le moment de la promenade, pas de ce genre de discours !

— Non, mère, je suis las de ces promenades sans fin. Je veux partir et découvrir ce qui existe ailleurs. Tu penses peut-être que quelqu'un m'a mis ces idées en tête, mais sache que je réfléchis à tout cela depuis longtemps. Bien sûr, j'ai aussi beaucoup appris en écoutant les autres ; par exemple, j'ai remarqué que la plupart des poissons, une fois vieux, regrettent d'avoir gaspillé leur existence. Ils ne cessent de gémir, de maudire leur sort et de tout critiquer. Moi, je veux savoir si la vie se résume vraiment à tourner en rond dans un espace minuscule jusqu'à vieillir, ou s'il existe une autre manière de vivre ?…

Quand le petit poisson eut fini de parler, sa mère le fixa un instant, stupéfaite :
— Mon pauvre enfant… as-tu perdu la raison ? « Le monde », qu’est-ce que ça veut dire ? Le monde, c’est ici. Et la vie, c’est ce que nous avons.

À ce moment-là, un grand poisson s'approcha de leur maison et dit :
 
— Voisine, pourquoi te disputes-tu avec ton enfant ? On dirait qu'aujourd'hui vous n'avez pas l'intention d'aller vous promener ?

En entendant la voix de la voisine, la mère du poisson sortit de la maison et dit :
— Quelle époque étrange ! Voilà que les enfants veulent maintenant, les enfants veulent enseigner des choses à leurs mères.
 
— Comment cela ? demanda le grand poisson.

— Regarde où ce bout de chou veut aller ! Il répète sans cesse qu'il veut aller voir ce qui se passe dans le monde ! Quelles grandes paroles !

La voisine s’adressa au Petit Poisson Noir :
 
— Petit, voyons, depuis quand es-tu devenu savant et philosophe sans nous en informer ?

— Madame ! Je ne sais pas ce que vous entendez par « savant et philosophe ». Moi, je suis juste fatigué de ces promenades, et je ne veux pas continuer ces promenades lassantes, faire semblant d'être heureux, et me réveiller un jour en découvrant que je suis devenu vieux comme vous et que je suis toujours le même poisson aux yeux et aux oreilles fermés que j'étais.

— Oh là là !… Quelles paroles ! s’exclama la voisine.


La mère soupira :
— Je n’aurais jamais cru que mon unique enfant parlerait ainsi… Je ne sais quel mauvais esprit s'est glissé sous les pas de mon précieux enfant !

— Personne m'a influencé, mère. J’ai de l'intelligence et de la raison pour penser, et comprendre. J'ai des yeux et je vois.

La voisine dit à la mère du petit poisson :
— Ma sœur, tu te souviens de cet escargot tortueux ?

— Ah oui… tu as raison, il venait trop souvent voir mon enfant. Que Dieu le maudisse !

— Arrête, mère ! C'était mon ami.

— On n'avait jamais entendu parler d'amitié entre un poisson et un escargot !

Le Petit Poisson Noir répondit :

— Moi non plus, je n’avais jamais entendu parler d’hostilité entre un poisson et un escargot, et pourtant, vous l’avez fait disparaître.

— Ce sont des affaires du passé, répliqua la voisine.
 
— C'est vous-mêmes qui avez ressuscité cette histoire du passé, dit le Petit Poisson Noir.

Sa mère reprit :
— Il méritait son sort ! As-tu oublié les propos qu'il tenait ici et là? Toutes ses allées et venues suspectes ?

— Alors, éliminez-moi aussi, conclut le Petit Poisson Noir. Car je dis les mêmes choses que lui.

Que vous dire de plus ! Le bruit de leur dispute attira les autres poissons curieux. Les paroles du petit poisson avaient mis tout le monde en colère.
      
— Tu crois qu'on va avoir pitié de toi aussi ? lança un vieux poisson.

— Il lui faut juste une petite correction, ajouta un autre.

La mère s’interposa :
— Écartez-vous ! Ne touchez pas à mon enfant !

Un poisson murmura :
— Madame, si vous ne l’éduquez pas, vous en subirez les conséquences…

La voisine renchérit :
 
Moi, j'ai honte de vivre dans votre voisinage.

— Tant qu’il n’est pas encore dangereux,
envoyons-le chez le vieil escargot, suggéra un autre.

Lorsque les poissons voulurent attraper le petit poisson noir, ses amis l'entourèrent, l’éloignèrent de la foule en colère et l'emmenèrent hors de la mêlée.

La mère, bouleversée, se tordait de douleur et pleurait :
— Mon enfant va m'échapper… que puis-je faire ?

— Mère, ne pleure pas pour moi. Pleure pour ces vieux poissons sans espoir et ignorants, répondit-il.

— Ne nous insulte pas, petit ! cria un poisson au loin.

— Si tu pars et qu'ensuite tu regrettes, nous ne te laisserons plus revenir ! Prévint un autre.

— Ce sont juste des caprices de jeunesse, dit un troisième.

— Quels défauts trouves-tu à notre cours d’eau ? demanda un quatrième.

— Il n'y a pas d'autre monde, le monde c'est ici, reviens ! Reprit un cinquième.

— Si tu retrouves la raison et que tu reviens, alors nous croirons que tu es vraiment, vraiment un poisson sensé, ajouta un sixième.

— Enfin, nous sommes habitués à te voir ici, soupira un septième.

La mère, les yeux pleins de larmes :
 
— Aie pitié de moi, ne pars pas !… Ne pars pas !

Le petit poisson n'avait plus rien à leur dire. Quelques-uns de ses amis du même âge l'accompagnèrent jusqu'à la cascade, puis revinrent.

Quand le petit poisson se sépara d'eux, il dit :
— Mes amis, en espérant nous revoir ! Ne m'oubliez pas.

Ses amis dirent :
— Comment pourrions-nous t'oublier ? Tu nous as réveillés de notre sommeil profond, tu nous as appris des choses auxquelles nous n'avions même jamais pensé auparavant. En espérant nous revoir, ami sage et courageux !

Le petit poisson descendit de la cascade et tomba dans un grand bassin rempli d'eau. Au début, il perdit ses repères, mais ensuite il se mit à nager et à faire le tour du bassin.

Jamais jusqu'alors il n'avait vu autant d'eau réunie au même endroit.

Des milliers de têtards barbotaient dans l'eau.

Quand ils virent le petit poisson noir, ils se moquèrent de lui et dirent :
— Regarde-moi son allure ! Quelle sorte de créature es-tu donc ?

Le poisson les observa bien et dit :
 
— Je vous prie de ne pas m'insulter. Mon nom est Petit Poisson Noir. Vous aussi, dites-moi votre nom pour que nous fassions connaissance.

L'un des têtards dit :
— Nous nous appelons tous têtards.

— D'origine et de lignée nobles. Ajouta un autre.

— Plus beaux que nous, on n'en trouve pas au monde, affirma un troisième.

 — Nous ne sommes pas informes et laids comme toi, ricana un dernier.

Le Petit Poisson Noir sourit calmement :  
— Je n'imaginais pas que vous étiez si vaniteux. Soit, je vous pardonne, car vous dites ces choses par ignorance.

Les têtards dirent tous en chœur :
— C'est-à-dire que nous sommes ignorants ?

— Si vous n'étiez pas ignorants, vous sauriez qu'il existe dans le monde beaucoup d'autres êtres dont l'apparence leur plaît beaucoup ! Et même votre nom est emprunté.
      
Les têtards se mirent très en colère, mais voyant que le petit poisson disait la vérité, piqués au vif, les têtards changèrent de sujet :
— De toute façon, tu parles dans le vide. Nous, chaque jour, du matin au soir, nous parcourons le monde, mais à part nous-mêmes et nos parents, nous ne voyons personne, si ce n'est les petits vers qui ne comptent pour rien !

— Vous ne sortez jamais de l’étang. Comment pouvez-vous prétendre “voir le monde” ? demanda le Petit Poisson Noir. Au moins, demandez-vous d’où vient l’eau… et s’il existe autre chose au-delà.

— En dehors de l’eau, où ça ?! Qu’est-ce que tu racontes ? éclatèrent-ils de rire. Nous n'avons jamais vu l'extérieur de l'eau ! Haha… haha… Tu es fou, mon vieux !
              
Le petit poisson noir se mit lui aussi à rire. Il pensa qu'il valait mieux laisser les têtards tranquilles et partir.

Puis il pensa qu'il serait bon d'échanger quelques mots avec leur mère aussi. Il demanda :
— Bon, où est votre mère maintenant ?

Soudain, le coassement grave d'une grenouille le fit sursauter. La grenouille était assise sur une pierre au bord du bassin. Elle sauta dans l'eau et vint vers le poisson en disant :
— Me voici, que désirez-vous ?

Le poisson dit :
— Bonjour, madame la Grenouille !

La grenouille était assise sur une pierre au bord du bassin. Elle sauta dans l'eau et vint vers le poisson.

La grenouille dit :
— Maintenant ce n'est vraiment pas le moment de parader, créature sans origine ni lignée ! Tu t'es mis à parader et tu tiens de grands discours. Moi, j'ai vécu assez longtemps pour comprendre que le monde, c'est ce bassin. Tu ferais mieux d'aller t'occuper de tes affaires et de ne pas détourner mes enfants du droit chemin.

— Même si tu vivais cent fois plus longtemps,tu ne serais qu’une grenouille prétentieuse et niaise, répondit le Petit Poisson Noir.

La grenouille se mit en colère et bondit vers le petit poisson noir. Le poisson fit un mouvement vif et disparut comme l'éclair, soulevant la vase et les vers du fond du bassin.

La vallée était pleine de méandres. Le cours d'eau avait aussi multiplié son volume d'eau par plusieurs fois. Mais si tu voulais regarder le fond de la vallée depuis le haut des montagnes, tu verrais le cours d'eau comme un fil blanc.

À un endroit, un gros bloc de rocher s'était détaché de la montagne, était tombé au fond de la vallée et avait divisé l'eau en deux.

Un lézard épais, de la taille d'une paume de main, avait collé son ventre contre la pierre. Il profitait de la chaleur du soleil et regardait un crabe rond et gros assis sur le sable au fond de l'eau, là où la profondeur était moindre, en train de manger une grenouille qu'il avait capturée.

Le petit poisson aperçut soudain le crabe. Méfiant de loin, il le salua.

Le crabe lui jeta un regard oblique et dit :
 
— Quel poisson bien élevé ! Approche, petit, approche !

— Je voyage pour découvrir le monde, répondit le Petit Poisson Noir. Je n'ai aucune envie de finir dans vos pinces.

— Pourquoi es-tu si méfiant et peureux, petit poisson ?

— Je ne suis ni méfiant ni peureux. Je dis simplement ce que je vois et ce que ma raison m’indique, ce que me dicte mon bon sens.

 
Le crabe dit :
— Bien, dites-moi donc ce que vos yeux ont vu et ce que votre raison vous a dit pour que vous pensiez que nous voulons vous capturer ?

Le poisson dit :
— Ne fais pas l’innocent. N'essaie pas de m'avoir par ce moyen !


Le crabe ricana :  
— Tu parles de la grenouille ? Tu es vraiment un enfant, mon vieux ! J'ai un différend avec les grenouilles, c'est pour ça que je les chasse. Tu sais, elles s'imaginent être les seules créatures au monde et qu'elles sont heureuses en plus. Moi, je veux leur montrer à qui appartient vraiment le monde ! Alors n'aie pas peur, mon chéri, approche, approche !

 
Le crabe dit ces paroles et se mit à avancer à reculons vers le petit poisson. Il marchait de façon si comique que le poisson ne put s'empêcher de rire et dit :
— Pauvre de toi ! Toi qui ne sais même pas marcher, comment peux-tu savoir à qui appartient le monde ?

 
Le petit poisson noir s'éloigna du crabe. Une ombre tomba sur l'eau et soudain, un coup violent enfonça le crabe dans le sable.
Le lézard rit tellement de l'allure du crabe qu'il glissa et faillit lui-même tomber dans l'eau. Le crabe ne put plus ressortir.

Le petit poisson vit un jeune berger debout au bord de l'eau qui le regardait, lui et le crabe. Un troupeau de chèvres et de moutons s'approcha de l'eau et plongea leurs museaux dedans. Le bruit des bêlements remplissait la vallée.

Le petit poisson noir attendit patiemment que les chèvres et les moutons aient bu leur eau et soient partis. Alors, il appela le lézard et dit :
— Cher Lézard ! Je suis un petit poisson noir qui va chercher la fin du cours d'eau. Je pense que tu es une créature sensée et sage, c'est pourquoi je voudrais te poser une question.

Cher Lézard ! Je suis un petit poisson noir…


Le lézard dit :
— Demande-moi tout ce que tu veux.

— En chemin, beaucoup m'ont effrayé en parlant du pélican, du poisson-scie et de l'oiseau mangeur de poissons. Si tu sais quelque chose à leur sujet, dis-le-moi.

Le lézard dit :
— Le poisson-scie et l'oiseau mangeur de poissons ne se trouvent pas par ici. En particulier le poisson-scie qui vit dans la mer. Mais le pélican, on peut le trouver même un peu plus bas. Surtout, ne te laisse pas piéger dans sa poche.

— Quelle poche ? demanda le Petit Poisson Noir...
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