Le Petit Poisson Noir - Ata Gallery - Peinture Numérique - Digital Painting

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Le Petit Poisson Noir

LIVRE



Le Petit Poisson Noir
Ce chef-d'oeuvre de la littérature iranienne de Samad Behringui est publié en 1968
Traduit et illustré par Ata


Samad Behringui (1939-1968), écrivain et chercheur iranien, est une figure majeure de la littérature pour enfants grâce à son conte emblématique Le Petit Poisson Noir. Ses récits, mêlant réalisme social, symbolisme et folklore, offrent aux jeunes lecteurs des clés pour comprendre les enjeux moraux et sociaux. Bien que sa vie ait été brève, son œuvre profondément humaniste continue d’influencer générations d’écrivains et de lecteurs.


C'était la nuit de Yalda, la première nuit d'hiver. Au fond de la mer, un vieux poisson avait réuni autour de lui douze mille de ses enfants et petits-enfants. Il leur racontait une histoire :
 
« Il était une fois un petit poisson noir qui vivait avec sa mère dans un cours d'eau. Ce cours d'eau jaillissait des parois rocheuses de la montagne et coulait au fond de la vallée.

Un petit poisson noir qui vivait avec sa mère dans un cours d'eau.

La maison du petit poisson noir et de sa mère se trouvait derrière une pierre noire, sous un toit de mousses. La nuit, tous les deux dormaient sous les mousses. Le petit poisson noir gardait au fond du cœur le désir de voir, au moins une fois, le clair de lune dans leur maison !

La mère et l'enfant, du matin au soir, se suivaient l'un l'autre, et parfois aussi se mêlaient aux autres poissons. Ils allaient et venaient très vite dans un petit espace.

Cet enfant était unique car, des dix mille œufs qu'avait pondus sa mère, lui seul avait survécu.
 
Depuis quelques jours, le petit poisson était préoccupé et parlait très peu. Avec lassitude et sans entrain, il allait et venait d'un côté, de l'autre, et la plupart du temps il se laissait distancer par sa mère.

La mère croyait que son enfant souffrait de quelque malaise qui passerait bientôt. Mais ne dis rien, car la souffrance du petit poisson noir venait d'autre chose !

Un matin, avant l'aube, avant que le soleil ne se lève, le petit poisson réveilla sa mère et dit :
 
— Mère, je voudrais te parler de quelque chose.

La mère, encore somnolente, répondit :

— Cher enfant ! Quel moment tu as choisi ! Garde ce que tu as à dire pour plus tard, n'est-ce pas mieux d'aller se promener ?

– Non, mère, je ne veux plus me promener. Je voudrais partir d'ici.

– Faut-il absolument que tu partes ?

– Oui, mère, il faut que je m'en aille.

— Mais enfin, si tôt le matin, où veux-tu aller ?
 
— Je veux aller voir où se termine le cours d'eau. Tu sais, mère, cela fait des mois que j'y pense, et jusqu'à présent je n'ai toujours pas pu trouver de réponse. Depuis hier soir jusqu'à maintenant, je n'ai pas fermé l'œil, j'ai pensé sans arrêt. Finalement, j'ai décidé d'aller moi-même trouver la fin du cours d'eau. J'ai envie de savoir ce qui se passe ailleurs.
 
La mère rit et dit :
— Moi aussi, quand j'étais enfant, je pensais beaucoup à ces choses-là. Mais enfin, mon chéri ! Le cours d'eau n'a ni début ni fin ; il est ce qu'il est ! Le cours d'eau s'écoule toujours et n'arrive jamais nulle part.
— Mais enfin, mère chérie, n'est-ce pas ainsi que toute chose arrive à sa fin ? La nuit arrive à sa fin, le jour arrive à sa fin ; la semaine, le mois, l'année…
 
Sa mère l'interrompit au milieu de sa phrase et dit :
— Laisse de côté ces grandes paroles, lève-toi et allons nous promener. C'est le moment de la promenade, pas de ce genre de discours !

— Non, mère, je suis las de ces promenades sans fin. Je veux partir et découvrir ce qui existe ailleurs. Tu penses peut-être que quelqu'un m'a mis ces idées en tête, mais sache que je réfléchis à tout cela depuis longtemps. Bien sûr, j'ai aussi beaucoup appris en écoutant les autres ; par exemple, j'ai remarqué que la plupart des poissons, une fois vieux, regrettent d'avoir gaspillé leur existence. Ils ne cessent de gémir, de maudire leur sort et de tout critiquer. Moi, je veux savoir si la vie se résume vraiment à tourner en rond dans un espace minuscule jusqu'à vieillir, ou s'il existe une autre manière de vivre ?…

Quand le petit poisson eut fini de parler, sa mère le fixa un instant, stupéfaite :
— Mon pauvre enfant… as-tu perdu la raison ? « Le monde », qu’est-ce que ça veut dire ? Le monde, c’est ici. Et la vie, c’est ce que nous avons.

À ce moment-là, un grand poisson s'approcha de leur maison et dit :
 
— Voisine, pourquoi te disputes-tu avec ton enfant ? On dirait qu'aujourd'hui vous n'avez pas l'intention d'aller vous promener ?

En entendant la voix de la voisine, la mère du poisson sortit de la maison et dit :
— Quelle époque étrange ! Voilà que les enfants veulent maintenant, les enfants veulent enseigner des choses à leurs mères.
 
— Comment cela ? demanda le grand poisson.

— Regarde où ce bout de chou veut aller ! Il répète sans cesse qu'il veut aller voir ce qui se passe dans le monde ! Quelles grandes paroles !

La voisine s’adressa au Petit Poisson Noir :
 
— Petit, voyons, depuis quand es-tu devenu savant et philosophe sans nous en informer ?

— Madame ! Je ne sais pas ce que vous entendez par « savant et philosophe ». Moi, je suis juste fatigué de ces promenades, et je ne veux pas continuer ces promenades lassantes, faire semblant d'être heureux, et me réveiller un jour en découvrant que je suis devenu vieux comme vous et que je suis toujours le même poisson aux yeux et aux oreilles fermés que j'étais.

— Oh là là !… Quelles paroles ! s’exclama la voisine.

La mère soupira :
— Je n’aurais jamais cru que mon unique enfant parlerait ainsi… Je ne sais quel mauvais esprit s'est glissé sous les pas de mon précieux enfant !

— Personne m'a influencé, mère. J’ai de l'intelligence et de la raison pour penser, et comprendre. J'ai des yeux et je vois.

La voisine dit à la mère du petit poisson :
— Ma sœur, tu te souviens de cet escargot tortueux ?

— Ah oui… tu as raison, il venait trop souvent voir mon enfant. Que Dieu le maudisse !

— Arrête, mère ! C'était mon ami.

— On n'avait jamais entendu parler d'amitié entre un poisson et un escargot !

Le Petit Poisson Noir répondit :

— Moi non plus, je n’avais jamais entendu parler d’hostilité entre un poisson et un escargot, et pourtant, vous l’avez fait disparaître.

— Ce sont des affaires du passé, répliqua la voisine.
 
— C'est vous-mêmes qui avez ressuscité cette histoire du passé, dit le Petit Poisson Noir.

Sa mère reprit :
— Il méritait son sort ! As-tu oublié les propos qu'il tenait ici et là? Toutes ses allées et venues suspectes ?

— Alors, éliminez-moi aussi, conclut le Petit Poisson Noir. Car je dis les mêmes choses que lui.

Que vous dire de plus ! Le bruit de leur dispute attira les autres poissons curieux. Les paroles du petit poisson avaient mis tout le monde en colère.
      
— Tu crois qu'on va avoir pitié de toi aussi ? lança un vieux poisson.

— Il lui faut juste une petite correction, ajouta un autre.

La mère s’interposa :
— Écartez-vous ! Ne touchez pas à mon enfant !

Un poisson murmura :
— Madame, si vous ne l’éduquez pas, vous en subirez les conséquences…

La voisine renchérit :
 
Moi, j'ai honte de vivre dans votre voisinage.

— Tant qu’il n’est pas encore dangereux,
envoyons-le chez le vieil escargot, suggéra un autre.

Lorsque les poissons voulurent attraper le petit poisson noir, ses amis l'entourèrent, l’éloignèrent de la foule en colère et l'emmenèrent hors de la mêlée.

La mère, bouleversée, se tordait de douleur et pleurait :
— Mon enfant va m'échapper… que puis-je faire ?

— Mère, ne pleure pas pour moi. Pleure pour ces vieux poissons sans espoir et ignorants, répondit-il.

— Ne nous insulte pas, petit ! cria un poisson au loin.

— Si tu pars et qu'ensuite tu regrettes, nous ne te laisserons plus revenir ! Prévint un autre.

— Ce sont juste des caprices de jeunesse, dit un troisième.

— Quels défauts trouves-tu à notre cours d’eau ? demanda un quatrième.

— Il n'y a pas d'autre monde, le monde c'est ici, reviens ! Reprit un cinquième.

— Si tu retrouves la raison et que tu reviens, alors nous croirons que tu es vraiment, vraiment un poisson sensé, ajouta un sixième.

— Enfin, nous sommes habitués à te voir ici, soupira un septième.

La mère, les yeux pleins de larmes :
 
— Aie pitié de moi, ne pars pas !… Ne pars pas !

Le petit poisson n'avait plus rien à leur dire. Quelques-uns de ses amis du même âge l'accompagnèrent jusqu'à la cascade, puis revinrent.

Quand le petit poisson se sépara d'eux, il dit :
— Mes amis, en espérant nous revoir ! Ne m'oubliez pas.

Ses amis dirent :
— Comment pourrions-nous t'oublier ? Tu nous as réveillés de notre sommeil profond, tu nous as appris des choses auxquelles nous n'avions même jamais pensé auparavant. En espérant nous revoir, ami sage et courageux !

Le petit poisson descendit de la cascade et tomba dans un grand bassin rempli d'eau. Au début, il perdit ses repères, mais ensuite il se mit à nager et à faire le tour du bassin.

Jamais jusqu'alors il n'avait vu autant d'eau réunie au même endroit.

Des milliers de têtards barbotaient dans l'eau.

Quand ils virent le petit poisson noir, ils se moquèrent de lui et dirent :
— Regarde-moi son allure ! Quelle sorte de créature es-tu donc ?

Le poisson les observa bien et dit :
 
— Je vous prie de ne pas m'insulter. Mon nom est Petit Poisson Noir. Vous aussi, dites-moi votre nom pour que nous fassions connaissance.

L'un des têtards dit :
— Nous nous appelons tous têtards.

— D'origine et de lignée nobles. Ajouta un autre.

— Plus beaux que nous, on n'en trouve pas au monde, affirma un troisième.

 — Nous ne sommes pas informes et laids comme toi, ricana un dernier.

Le Petit Poisson Noir sourit calmement :  
— Je n'imaginais pas que vous étiez si vaniteux. Soit, je vous pardonne, car vous dites ces choses par ignorance.

Les têtards dirent tous en chœur :
— C'est-à-dire que nous sommes ignorants ?

— Si vous n'étiez pas ignorants, vous sauriez qu'il existe dans le monde beaucoup d'autres êtres dont l'apparence leur plaît beaucoup ! Et même votre nom est emprunté.
      
Les têtards se mirent très en colère, mais voyant que le petit poisson disait la vérité, piqués au vif, les têtards changèrent de sujet :
— De toute façon, tu parles dans le vide. Nous, chaque jour, du matin au soir, nous parcourons le monde, mais à part nous-mêmes et nos parents, nous ne voyons personne, si ce n'est les petits vers qui ne comptent pour rien !

— Vous ne sortez jamais de l’étang. Comment pouvez-vous prétendre “voir le monde” ? demanda le Petit Poisson Noir. Au moins, demandez-vous d’où vient l’eau… et s’il existe autre chose au-delà.

— En dehors de l’eau, où ça ?! Qu’est-ce que tu racontes ? éclatèrent-ils de rire. Nous n'avons jamais vu l'extérieur de l'eau ! Haha… haha… Tu es fou, mon vieux !
              
Le petit poisson noir se mit lui aussi à rire. Il pensa qu'il valait mieux laisser les têtards tranquilles et partir.

Puis il pensa qu'il serait bon d'échanger quelques mots avec leur mère aussi. Il demanda :
— Bon, où est votre mère maintenant ?

Soudain, le coassement grave d'une grenouille le fit sursauter. La grenouille était assise sur une pierre au bord du bassin. Elle sauta dans l'eau et vint vers le poisson en disant :
— Me voici, que désirez-vous ?

Le poisson dit :
— Bonjour, madame la Grenouille !

La grenouille était assise sur une pierre au bord du bassin. Elle sauta dans l'eau et vint vers le poisson.

La grenouille dit :
— Maintenant ce n'est vraiment pas le moment de parader, créature sans origine ni lignée ! Tu t'es mis à parader et tu tiens de grands discours. Moi, j'ai vécu assez longtemps pour comprendre que le monde, c'est ce bassin. Tu ferais mieux d'aller t'occuper de tes affaires et de ne pas détourner mes enfants du droit chemin.

— Même si tu vivais cent fois plus longtemps,tu ne serais qu’une grenouille prétentieuse et niaise, répondit le Petit Poisson Noir.

La grenouille se mit en colère et bondit vers le petit poisson noir. Le poisson fit un mouvement vif et disparut comme l'éclair, soulevant la vase et les vers du fond du bassin.

La vallée était pleine de méandres. Le cours d'eau avait aussi multiplié son volume d'eau par plusieurs fois. Mais si tu voulais regarder le fond de la vallée depuis le haut des montagnes, tu verrais le cours d'eau comme un fil blanc.

À un endroit, un gros bloc de rocher s'était détaché de la montagne, était tombé au fond de la vallée et avait divisé l'eau en deux.

Un lézard épais, de la taille d'une paume de main, avait collé son ventre contre la pierre. Il profitait de la chaleur du soleil et regardait un crabe rond et gros assis sur le sable au fond de l'eau, là où la profondeur était moindre, en train de manger une grenouille qu'il avait capturée.

Le petit poisson aperçut soudain le crabe. Méfiant de loin, il le salua.

Le crabe lui jeta un regard oblique et dit :
 
— Quel poisson bien élevé ! Approche, petit, approche !

— Je voyage pour découvrir le monde, répondit le Petit Poisson Noir. Je n'ai aucune envie de finir dans vos pinces.

— Pourquoi es-tu si méfiant et peureux, petit poisson ?

— Je ne suis ni méfiant ni peureux. Je dis simplement ce que je vois et ce que ma raison m’indique, ce que me dicte mon bon sens.

 
Le crabe dit :
— Bien, dites-moi donc ce que vos yeux ont vu et ce que votre raison vous a dit pour que vous pensiez que nous voulons vous capturer ?

Le poisson dit :
— Ne fais pas l’innocent. N'essaie pas de m'avoir par ce moyen !


Le crabe ricana :  
— Tu parles de la grenouille ? Tu es vraiment un enfant, mon vieux ! J'ai un différend avec les grenouilles, c'est pour ça que je les chasse. Tu sais, elles s'imaginent être les seules créatures au monde et qu'elles sont heureuses en plus. Moi, je veux leur montrer à qui appartient vraiment le monde ! Alors n'aie pas peur, mon chéri, approche, approche !

 
Le crabe dit ces paroles et se mit à avancer à reculons vers le petit poisson. Il marchait de façon si comique que le poisson ne put s'empêcher de rire et dit :
— Pauvre de toi ! Toi qui ne sais même pas marcher, comment peux-tu savoir à qui appartient le monde ?

 
Le petit poisson noir s'éloigna du crabe. Une ombre tomba sur l'eau et soudain, un coup violent enfonça le crabe dans le sable.
Le lézard rit tellement de l'allure du crabe qu'il glissa et faillit lui-même tomber dans l'eau. Le crabe ne put plus ressortir.

Le petit poisson vit un jeune berger debout au bord de l'eau qui le regardait, lui et le crabe. Un troupeau de chèvres et de moutons s'approcha de l'eau et plongea leurs museaux dedans. Le bruit des bêlements remplissait la vallée.

Le petit poisson noir attendit patiemment que les chèvres et les moutons aient bu leur eau et soient partis. Alors, il appela le lézard et dit :
— Cher Lézard ! Je suis un petit poisson noir qui va chercher la fin du cours d'eau. Je pense que tu es une créature sensée et sage, c'est pourquoi je voudrais te poser une question.

Cher Lézard ! Je suis un petit poisson noir…


Le lézard dit :
— Demande-moi tout ce que tu veux.

— En chemin, beaucoup m'ont effrayé en parlant du pélican, du poisson-scie et de l'oiseau mangeur de poissons. Si tu sais quelque chose à leur sujet, dis-le-moi.

Le lézard dit :
— Le poisson-scie et l'oiseau mangeur de poissons ne se trouvent pas par ici. En particulier le poisson-scie qui vit dans la mer. Mais le pélican, on peut le trouver même un peu plus bas. Surtout, ne te laisse pas piéger dans sa poche.

— Quelle poche ? demanda le Petit Poisson Noir.

— Le pélican, expliqua le lézard, a sous son cou une poche qui contient beaucoup d'eau. Il nage dans l'eau et parfois les poissons, sans le savoir, entrent dans sa poche et vont tout droit dans son ventre. Bien sûr, si le pélican n'a pas faim, il garde les poissons dans cette même poche pour les manger plus tard.

— Et un poisson prisonnier… ne peut plus sortir ? demanda le Petit Poisson Noir.

— Il n'y a aucun moyen, sauf de déchirer la poche. Je vais te donner un poignard pour que tu puisses faire cela si tu es capturé par le pélican.

Le lézard se glissa dans une fissure de la pierre et revint avec un tout petit poignard.

— Si un jour tu tombes dans la poche du pélican, cet outil pourrait te sauver.

Le Petit Poisson Noir le prit avec gratitude :
— Cher lézard ! tu es vraiment généreux. Je ne sais comment te remercier.

— Pas besoin de remerciements, mon chéri ! J'ai beaucoup de ces poignards. Quand je n'ai rien à faire, je m'assois et je fabrique des poignards à partir des épines des plantes, et je les donne aux poissons sages comme toi.

— Y a-t-il eu d'autres poissons avant moi qui soient passés par ici ?

— Beaucoup sont passés ! Maintenant, ils ont formé leur propre groupe et ils ont mis le pêcheur dans l'embarras.

Le petit poisson noir dit :
— Pardonne-moi si une question en amène une autre. Si tu ne considères pas cela comme de la curiosité, dis-moi comment ils ont mis le pêcheur dans l'embarras ?

Le lézard dit :
— Eh bien, c'est qu'ils sont ensemble. Dès que le pêcheur lance son filet, ils entrent dedans et tirent le filet avec eux au fond de la mer.

Le lézard posa son oreille sur la fissure de la pierre, écouta et dit :
— Je dois prendre congé maintenant, mes enfants se sont réveillés. Je dois rentrer. Bonne route, petit.

Le lézard disparut dans la fissure de la pierre.

Le petit poisson noir, bon gré mal gré, se remit en route. Mais les questions se succédaient sans cesse dans son esprit :
« Voyons, est-ce vrai que le cours d'eau se jette dans la mer ? Le pélican ne va-t-il pas réussir à m'attraper ? Est-ce vrai que le poisson-scie a le cœur de tuer et de manger ses semblables ? L'oiseau mangeur de poissons, quelle inimitié a-t-il donc avec nous ? »

Le petit poisson nageait et réfléchissait. À chaque pas, il voyait quelque chose de nouveau et apprenait.

Maintenant, il aimait se laisser tomber en suspension depuis les cascades et nager de nouveau. Il sentait la chaleur du soleil sur son dos et reprenait des forces.

À un endroit, un chevreuil buvait précipitamment de l'eau.

Le petit poisson le salua et dit :
— Beau chevreuil, pourquoi es-tu si pressé ?

Le chevreuil dit : « Le chasseur me poursuit, il m'a même tiré une balle, la voilà. »

Le petit poisson ne vit pas l'impact de la balle, mais à la façon dont le chevreuil courait en boitant, il comprit qu'il disait la vérité.

Plus loin, des tortues somnolaient sous la chaleur du soleil, et ailleurs le rire des perdrix résonnait dans la vallée.

Le parfum des herbes de montagne flottait dans l'air et se mêlait à l'eau.

Dans l'après-midi, il arriva à un endroit où la vallée s'élargissait et où l'eau traversait un bosquet. L'eau était devenue si abondante que le petit poisson noir prenait vraiment, vraiment du plaisir.

Ensuite aussi, il rencontra un banc de poissons. Depuis qu'il s'était séparé de sa mère, il n'avait pas vu de poissons.

Quelques petits poissons l'entourèrent et dirent :
— On dirait que tu es étranger, hein ?

Le petit poisson noir dit :
— Oui, je suis étranger. Je viens de loin.

Les petits poissons dirent :
— Où veux-tu aller ?

Le petit poisson noir dit :
— Je vais chercher la fin du cours d'eau.

Les petits poissons dirent :
— Quel cours d'eau ?

Le petit poisson noir dit :
— Ce cours d'eau dans lequel nous nageons.

Les petits poissons dirent :
— Nous, nous appelons ça une rivière.

Le petit poisson noir ne dit rien.

L'un des petits poissons dit :
— Sais-tu au moins que le pélican est posté sur la route ?

Le petit poisson noir dit :
— Oui, je le sais.

Un autre dit :
— Sais-tu aussi quelle grande poche élastique a le pélican ?

Le petit poisson noir dit :
— Je sais cela aussi.

Le petit poisson dit :
— Malgré tout cela, tu veux quand même y aller ?

Le petit poisson noir dit :
— Oui, d'une manière ou d'une autre, je dois y aller !

Bientôt, la nouvelle se répandit parmi les poissons : un petit poisson noir venu de contrées lointaines veut aller trouver la fin de la rivière et il n'a aucune peur du pélican !

Quelques-uns des petits poissons furent tentés d'aller avec le petit poisson noir, mais par peur des plus grands, ils n'osèrent pas parler.

Quelques-uns dirent aussi :
— S'il n'y avait pas le pélican, nous viendrions avec toi. Nous avons peur de la poche du pélican.

Au bord de la rivière se trouvait un village. Les femmes et les filles du village lavaient la vaisselle et le linge dans la rivière.

Le petit poisson écouta un moment leur vacarme et regarda aussi les enfants se baigner, puis il se remit en route.

Il alla, il alla, il alla et continua encore jusqu'à ce que la nuit tombe. Il se glissa sous une pierre pour dormir.

Au cœur de la nuit, il s’éveilla et vit la lune baigner l’eau d’une douce clarté argentée.

Le petit poisson noir aimait passionnément la lune. Les soirs où elle semblait se refléter dans l’eau, il avait envie de quitter sa cachette sous les mousses pour échanger quelques mots avec elle. Mais, à chaque fois, sa mère se réveillait, le ramenait sous les mousses et le recouchait.

Cette nuit-là, pourtant, il sortit, s’approcha de la lune et l’appela :
— Bonsoir, belle lune !

— Bonsoir, petit poisson. Qu’est-ce qui t’amène ici ? Que fais-tu si loin de chez toi ?
 
— Je voyage à travers le monde.

— Le monde est immense… tu ne pourras pas le parcourir entièrement.

— Soit, j'irai partout où je pourrai.

La lune sourit.
 
— J'aurais aimé rester avec toi jusqu'au matin, mais un gros nuage noir arrive vers moi pour me cacher la lumière.

— Belle lune ! J'aime beaucoup ta lumière, j'aurais aimé qu'elle brille toujours sur moi.

— Cher poisson ! En vérité, je n'ai pas de lumière à moi. Le soleil me donne de la lumière et moi je la reflète sur la terre. D'ailleurs, as-tu déjà entendu dire que les humains veulent, d'ici quelques années, voler pour venir s'asseoir sur moi ?

— C’est impossible ! chuchota le Petit Poisson Noir.

— C'est difficile, mais les humains, tout ce qu'ils veulent…
 
La lune ne put finir sa phrase. Le nuage noir arriva, couvrit son visage, la nuit redevint sombre et le petit poisson noir resta seul et solitaire.

Pendant quelques minutes, ébahi et émerveillé, il regarda l'obscurité. Puis il se glissa sous une pierre et s'endormit.

Tôt le matin, il se réveilla. Au-dessus de sa tête, il vit quelques petits poissons qui chuchotaient entre eux.

Dès qu’ils aperçurent le petit poisson noir réveillé, ils s’exclamèrent tous à la fois :
— Bonjour !

Le petit poisson noir les reconnut aussitôt et répondit :
— Bonjour ! Alors, vous vous êtes finalement lancés à ma poursuite !

L’un des petits poissons déclara :
— Oui, mais nous avons encore peur.

— Il suffit de penser au pélican pour se mettre à trembler, ajouta un autre.

Le petit poisson noir dit :
— Vous réfléchissez trop. On ne doit pas toujours penser. Dès que nous partirons, notre peur disparaîtra complètement.

Mais, au moment où ils voulurent s’élancer, ils virent l’eau monter autour d’eux, un couvercle se refermer au-dessus de leurs têtes, l’obscurité les envelopper et toute issue disparaître.

Le petit poisson noir comprit aussitôt qu’ils étaient prisonniers de la poche du pélican.

Il dit :
— Mes amis, nous sommes dans la poche du pélican, mais la possibilité de nous échapper n’est pas encore totalement perdue.

Les petits poissons se mirent à pleurer et à se lamenter.
— Il n’y a plus aucune sortie. C’est de ta faute ! Tu nous as entraînés ici, reprocha l’un d’eux.

Un autre ajouta :
— Maintenant, il va tous nous avaler et ce sera la fin !

Soudain, un rire terrifiant résonna dans l’eau. C’était le pélican. Il riait en disant :
— Quels minuscules petits poissons je viens de capturer ! Hahahaha… Vraiment, vous me faites pitié ! Je n’ai même pas envie de vous avaler ! Hahahaha…

Les petits poissons se mirent à implorer :
— Ô Votre Excellence, Monsieur le Pélican ! Nous avons toujours entendu dire que vous étiez noble et généreux… Laissez-nous partir ! Nous vous resterons fidèles pour toujours !

Le pélican répondit :
— Je ne compte pas vous manger tout de suite. J’ai déjà des poissons en réserve… regardez en bas.

Au fond de sa poche gisaient plusieurs gros et petits poissons.
       
— Votre Grâce, nous n’avons rien fait, nous sommes innocents ! supplia l’un des petits poissons. C’est ce Petit Poisson Noir qui nous a détournés du droit chemin !

Le petit poisson dit :
— Lâches ! Vous croyez que cet oiseau rusé est une mine de pardon pour le supplier ainsi ?

Les petits poissons dirent :
— Tu ne comprends rien à ce que tu dis. Maintenant, tu vas voir comment l'Honorable Monsieur le Pélican va nous pardonner et t'avaler, toi !
 
— Oui, je vous pardonnerai… à une condition, déclara le pélican.

Les petits poissons dirent :
— Veuillez énoncer votre condition, nous sommes à votre service !

— Étouffez ce poisson intrépide pour obtenir votre liberté.

Le petit poisson noir s'écarta et dit aux petits poissons :
— N’acceptez pas ! avertit le Petit Poisson Noir. Il veut que nous nous battions entre nous. J’ai un plan…

Mais les petits poissons, aveuglés par la peur, et préoccupés par leur propre libération qu'ils ne pensèrent à rien d'autre et se jetèrent sur le petit poisson noir.

Le Petit Poisson Noir reculait vers la paroi de la poche et disait doucement :
— Lâches ! De toute façon, vous êtes pris au piège et vous n'avez aucune issue, et vous n'avez pas non plus la force de me vaincre.

Les petits poissons dirent :
 
— Nous devons t'étouffer, nous voulons la liberté !

Le petit poisson noir dit :
— Vous avez perdu la raison ! Réfléchissez ! Même si vous m'étouffez, vous ne trouverez toujours pas d'issue, ne tombez pas dans son piège !
               
Les petits poissons dirent :
— Tu dis ça pour sauver ta propre vie, sinon tu ne penses absolument pas à nous !

— Écoutez-moi bien, dit le Petit Poisson Noir d’une voix ferme. Voici mon plan. Je vais faire semblant d'être mort parmi les poissons sans vie. Alors nous verrons si le pélican vous libère ou non. Mais si vous refusez… je n’hésiterai pas à me servir de ce poignard. Je déchirerai la poche et m’enfuirai… et tant pis pour vous.

Un minuscule poisson, tout tremblant, l’interrompit et cria :
       
— Arrête ! Je n'ai plus la patience d'écouter ces paroles… Ohoho… Ohoho… Ohoho…

Et il se mit à pleurer bruyamment.

Le Petit Poisson Noir le regarda, agacé :
— Pourquoi avez-vous emmené ce pleurnichard ?

Puis il sortit son poignard et le brandit devant les yeux des petits poissons. Ceux-ci, bon gré mal gré, acceptèrent la proposition du petit poisson.

Ils firent semblant de se battre entre eux, le petit poisson noir fit le mort.

Puis, les minuscules poissons remontèrent et annoncèrent fièrement :
— Ô Majesté Pélican, nous avons étranglé le poisson noir intrépide !

Le pélican éclata de rire :
— Bien joué ! En récompense… je vais vous avaler vivants, pour que vous fassiez une belle promenade dans mon ventre !

Ils n’eurent pas le temps de protester. À la vitesse de l'éclair, ils passèrent par le gosier du pélican et leur affaire fut réglée.

Mais le petit poisson noir, à ce moment-là, sortit son poignard et d'un seul coup fendit la paroi de la poche et s'échappa.

Le pélican hurla de douleur et replongea la tête dans l’eau pour le poursuivre… mais trop tard. Le Petit Poisson Noir filait déjà au loin.
 
Il nagea, nagea, nagea encore, jusqu’à midi.
 
Maintenant, la montagne et la vallée avaient disparu, et la rivière traversait une plaine uniforme.

De droite et de gauche, plusieurs autres petites rivières l'avaient rejointe et avaient multiplié son eau par plusieurs fois.

Le petit poisson noir prenait plaisir à l'abondance de l'eau. Soudain, il réalisa que l'eau n'avait plus de fond.

Il alla de ce côté, il alla de cet autre côté, il n'arriva nulle part. Il y avait tellement d'eau que le petit poisson s'y était perdu !
Il nagea comme il voulait, et encore sa tête ne heurta rien.

Soudain, il vit un grand animal long, comme l'éclair, l'attaquer. Devant sa bouche se trouvait une scie à deux dents.

Le petit poisson pensa que c'était maintenant que le poisson-scie allait le découper en morceaux. Il se ressaisit rapidement, s'esquiva et remonta à la surface de l'eau.

Après un moment, il redescendit sous l'eau pour voir le fond de la mer.

Au milieu du chemin, il rencontra un banc de poissons — des milliers et des milliers de poissons !

— Ami ! Je viens de loin. Où suis-je ? demanda-t-il à l’un d’eux.
       
Le poisson appela ses amis et dit :
— Regardez ! Encore un autre…

Puis il dit au petit poisson noir :
— Ami, bienvenue à la mer !
 
Un autre d'entre eux dit :
     
— Toutes les rivières et tous les cours d'eau se jettent ici. Bien sûr, certains d'entre eux se perdent aussi dans les marécages.
Un autre dit :
— Quand tu voudras, tu pourras rejoindre notre groupe.

Le petit poisson noir était heureux d'être arrivé à la mer. Il dit :
— Il vaut mieux que je fasse d'abord un tour, puis que je vienne rejoindre votre groupe. J'aimerais que, cette fois où vous emporterez le filet du pêcheur, je sois avec vous aussi.

L'un des poissons dit :
— Très bientôt, ton souhait se réalisera. Maintenant, va faire ton tour, mais si tu montes à la surface de l'eau, fais attention à la mouette, car ces jours-ci elle n'a plus peur de personne. Si elle ne capture pas quatre ou cinq poissons par jour, elle ne nous laisse pas tranquilles.
 
Alors le petit poisson noir se sépara du groupe de poissons de mer et se mit à nager tout seul.

Un peu plus tard, il remonta à la surface de la mer. Le soleil brillait chaudement.

Le petit poisson noir sentait la chaleur brûlante du soleil sur son dos et en prenait plaisir. Paisible et gai, il nageait et se disait : « La mort peut facilement me frapper. Mais,  tant que je pourrai, je l'éviterai. Bien sûr, un jour, je serai face à la mort.  L'important est quelle empreinte laissera ma vie et ma mort, dans celle d’autrui… ».

Le petit poisson noir ne put poursuivre plus loin ses pensées et ses réflexions.

La mouette arriva, le saisit et l'emporta.
 
Le petit poisson se débattait dans le long bec de la mouette, mais il ne pouvait pas se sauver. La mouette l'avait saisi au milieu du corps si fermement et si durement que son âme était en train de s'échapper !

Après tout, combien de temps un petit poisson peut-il rester vivant hors de l'eau ?

La mouette arriva, le saisit et l'emporta.

Le poisson pensa que si seulement la mouette l'avalait maintenant, au moins l'eau et l'humidité à l'intérieur de son ventre retarderaient sa mort de quelques minutes.

Avec cette pensée, il dit à la mouette :
— Pourquoi ne m'avales-tu pas vivant ? Je fais partie de ces poissons dont le corps se remplit de poison après la mort.

La mouette ne dit rien. Elle pensa : « Espèce de rusée ! Quelle ruse mijotes-tu ? Tu ne voudrais pas que je me mette à parler pour que tu puisses t'échapper ? »

La terre ferme était apparue au loin et se rapprochait de plus en plus.

Le petit poisson noir pensa : « Si nous atteignons la terre, c'en est fini. » C'est pourquoi il dit :
— Je sais que tu veux m'apporter à tes petits, mais d'ici à ce que nous arrivions à la terre, je serai mort et mon corps sera devenu un sac plein de poison. Pourquoi n'as-tu pas pitié de tes enfants ?

La mouette réfléchit : « La prudence aussi est une bonne chose ! Je te mangerai moi-même et pour mes petits je capturerai un autre poisson… mais voyons… n'y aurait-il pas une ruse dans tout ça ? Non, tu ne peux rien faire ! »

La mouette était plongée dans ces pensées quand elle vit que le corps du petit poisson noir devenait mou et immobile.

Elle pensa en elle-même : « Serait-il mort ? Maintenant, moi non plus je ne peux plus le manger. J'ai gâché en vain un poisson si tendre et si délicat ! »

C'est pourquoi elle appela le petit poisson noir pour lui dire : « Hé, petit ! As-tu encore un demi-souffle de vie pour que je puisse te manger ? »

Mais elle ne put finir sa phrase. Car dès qu'elle ouvrit son bec, le petit poisson fit un bond et tomba vers le bas.

La mouette comprit qu’elle avait été dupée et se lança aussitôt à la poursuite du petit poisson noir.

Le poisson plongeait comme l'éclair dans les airs. Par désir de l'eau de mer, il était devenu fou et offrait sa bouche sèche à la brise humide de la mer.

Mais dès qu'il entra dans l'eau et reprit son souffle, la mouette arriva comme l'éclair et, cette fois, captura et avala le poisson si rapidement que le poisson ne comprit pas pendant un moment ce qui lui était arrivé.

Il sentait seulement que partout c'était humide et sombre, qu'il n'y avait aucune issue, et qu'on entendait des pleurs.

Quand ses yeux s'habituèrent à l'obscurité, il vit un tout petit poisson qui s'était recroquevillé dans un coin, pleurait et réclamait sa maman.

Il vit un tout petit poisson qui s'était recroquevillé dans un coin, pleurait et réclamait sa maman. Le petit poisson noir s'approcha.

Le tout petit poisson dit :
 
— Toi, alors… qui es-tu ?… Ne vois-tu pas que je suis… que je suis en train de… disparaître ?… Ohoho… Ohoho… Ohoho… Maman… moi… je ne pourrai plus venir avec toi pour emporter le filet du pêcheur au fond de la mer… Ohoho… Ohoho !

Le Petit Poisson Noir dit :
— Arrête, voyons ! Tu as complètement déshonoré tous les poissons !

Quand le tout petit poisson retint ses pleurs, Le Petit Poisson Noir dit :

— Écoute : je veux éliminer la mouette pour que nous soyons enfin en paix. Mais avant, je dois te faire sortir.

Le tout petit poisson dit :
— Toi qui es toi-même en train de mourir, comment vas-tu tuer la mouette ?

Le petit poisson montra son poignard et dit :
— Avec ça, de l'intérieur, je déchirerai son ventre. Maintenant écoute bien ce que je dis : je vais commencer à me débattre et à aller de-ci de-là, pour chatouiller la mouette. Dès que sa bouche s'ouvrira et qu'elle commencera à rire aux éclats, tu bondiras dehors.

Le tout petit poisson dit :
— Et toi alors ?

Le petit poisson dit :
— Ne pense pas à moi. Tant que je n'aurai pas éliminé ce mauvais oiseau, je ne sortirai pas.

Le petit poisson noir dit cela et commença à se débattre, à aller de-ci de-là et à chatouiller le ventre de la mouette.

Dès que la mouette ouvrit sa bouche et commença à rire aux éclats, le tout petit poisson bondit hors de la bouche de la mouette, s'échappa, et un peu plus tard tomba dans l'eau.

Mais il eut beau attendre, il n'y eut aucune nouvelle du petit poisson noir.

Soudain, il vit la mouette se tordre ainsi et crier, jusqu'à ce qu'elle commence à se débattre et à descendre, puis elle tomba mollement dans l'eau, se débattit encore jusqu'à ce qu'elle cesse de bouger.
 
Mais du petit poisson noir, il n'y eut aucune nouvelle, et jusqu'à présent non plus il n'y en a eu aucune…

Le vieux poisson termina son histoire et dit à ses douze mille enfants et petits-enfants…
— C'est l'heure de dormir, les enfants. Allez vous coucher.

Les enfants et les petits-enfants dirent :
— Grand-mère ! Tu ne nous as pas dit ce qui est arrivé au tout petit poisson.

Le vieux poisson dit :
— Ça, ce sera pour demain soir. Maintenant c'est l'heure de dormir. Bonne nuit !

Onze mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf petits poissons dirent « Bonne nuit » et allèrent se coucher.

La grand-mère aussi s'endormit.

Mais un tout petit poisson rouge eut beau essayer, il ne put s'endormir. Toute la nuit jusqu'au matin, il ne pensa qu'à la mer…


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