Le Triptyque : Noir - Rouge & L'Île aux Sept Murmures
Trois récits, une même quête
En 1968, Samad Behrangi signe un conte iranien qui interrogeait radicalement son époque. Que faire face à l’oppression, toujours actuelle ? La réponse se résume à un sacrifice. Un petit poisson noir donne sa vie pour qu’un autre puisse s’échapper, brisant ainsi les chaînes d’un système qui semblait éternel.
En 2025, cette question prend un autre sens. Face à la manipulation des récits, à l’urgence climatique et à la fragmentation du collectif, Le Petit Poisson Rouge propose une réponse différente : l’organisation patiente, la résistance collective, la transformation par l’harmonie plutôt que par le sacrifice.
Puis surgit une troisième question, plus intime : dans un monde saturé d’images, de rumeurs et de certitudes contradictoires, comment voir juste ? Comment agir sans se perdre ? L’Île aux Sept Murmures répond que ni le sacrifice ni l’harmonie seuls ne suffisent : il faut le discernement, construit ensemble, au prix de cicatrices indélébiles.
Une filiation assumée
J’ai traduit Le Petit Poisson Noir en 2005, fidèle au conte original de Samad Behrangi (bilingue franco-persan). Il a inspiré Le Petit Poisson Rouge, qui n’en cache pas sa dette : il en est la continuation naturelle, offrant une réponse contemporaine par la construction méthodique plutôt que par la rupture.
L’Île aux Sept Murmures prolonge ce dialogue : ce ne sont plus un seul poisson ou un accordeur, mais dix poissons qui apprennent ensemble, se perdent, et reviennent transformés. Pas victorieux, mais changés.
Du héros solitaire au collectif
- Le Petit Poisson Noir : un individu face au système, prêt au sacrifice. La rupture solitaire fissure l’ordre établi.
- Le Petit Poisson Rouge : le courage existe toujours, mais la force se partage. L’accordeur crée l’harmonie. Chaque créature a sa fonction : mémoire, stratégie, filtrage de l’information.
- L’Île aux Sept Murmures : dix poissons naviguent ensemble. Chacun porte une vérité partielle, chacun porte une cicatrice. Leur force vient de leur fragilité commune.
« On ne change pas le monde en nageant devant tout le monde. On le change en nageant à côté, en écoutant le rythme des autres. »
Trois fins, une même transmission
- 1968 — Le Petit Poisson Noir : la grand-mère termine son histoire. Un jeune poisson demande : « Et après ? » Elle sourit : « Vous le saurez demain soir. »
- 2025 — Le Petit Poisson Rouge : dix poissons restent éveillés. La parole se multiplie.
- 2026 — L’Île aux Sept Murmures : les neuf reviennent sans trésor. Ils sont l’île. La transmission devient présence, une façon de nager et de regarder l’eau avant de la traverser.
Une œuvre totale : texte, image et silence
Les 38 illustrations du Petit Poisson Rouge ne sont pas de simples accompagnements : elles incarnent visuellement l’harmonie collective. L’Île aux Sept Murmures, texte pur, laisse place au silence : les cicatrices des personnages suffisent à raconter l’histoire.
Une expérience éditoriale unique
Cette trilogie mêle littérature, art et pédagogie :
- Le Petit Poisson Noir : résistance par le sacrifice individuel.
- Le Petit Poisson Rouge : texte bilingue et illustrations, résistance collective organisée.
- L’Île aux Sept Murmures : texte pur, discernement et apprentissage collectif.
Trois œuvres, une cohérence thématique : de la résistance historique aux défis contemporains, avec des outils concrets pour comprendre le monde et agir ensemble.
Pourquoi maintenant ?
Les questions du Petit Poisson Noir restent actuelles : comment résister à l’oppression, transmettre la mémoire, agir face à l’injustice ?
Le Petit Poisson Rouge y répond face aux urgences de 2025 : désinformation, crise climatique, nécessité d’une action collective.
L’Île aux Sept Murmures pose la question suivante : une fois que l’on sait résister et s’organiser, comment savoir ce que l’on voit vraiment ? Comment transmettre une vérité sans la déformer ?
Les histoires ne meurent jamais. Elles nagent plus loin, portées par de nouvelles nageoires — noires, rouges ou venues d’une île invisible — jusqu’à ce qu’un nouveau poisson décide, à son tour, de rester éveillé.
Le temps est la vie. Sans retour.Vaut mieux une parole dense que mille violences.
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