Mes créations · Parcourent les limites entre le particulier et l'universel · Créent une passerelle entre l'intériorité et l'apparent
III — Mes Écrits
Texte — Ata Irvani
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Dans cette œuvre, Ata invite le lecteur à pénétrer un univers à la fois mystérieux et profondément poétique. Une île insaisissable semble y préserver les traces du passé, comme si les souvenirs eux-mêmes avaient trouvé refuge dans ses paysages. C’est là que les personnages s’aventurent à la rencontre des « sept murmures », des voix symboliques qui éveillent en eux des questions intimes sur leur identité, leurs émotions et leur rapport au monde.
Le texte évoque aussi ces poissons qui savent que la lumière peut tromper, mais qui choisissent malgré tout de s’en approcher. Ils ne cherchent pas à croire, mais à voir, à comprendre par l’expérience. Ce qu’ils découvrent, ce qu’ils perdent et ce qu’ils deviennent s’inscrit en eux comme une trace indélébile. Car il est des vérités qui ne s’atteignent qu’au prix de la blessure.
Ils étaient dix à s’être engagés dans cette traversée, mais neuf seulement en sont revenus.
Au fil de leur parcours, les personnages apprennent à écouter ce qui, en eux, résiste et murmure : leurs peurs, leurs souvenirs, mais aussi leurs élans les plus fragiles. L’île devient alors un espace de métamorphose intérieure, où chacun se confronte à lui-même. Entre rêve et réflexion, le récit explore avec délicatesse la manière dont l’être humain se construit à travers la mémoire, l’écoute et les liens qui l’unissent aux autres.
| Auteur | Ata Irvani |
| Illustrateur | Ata Irvani |
| Collection | Mes Écrits — III/IV |
| Statut | Cherche éditeur |
Il y a des poissons qui savent que la lumière peut mentir
et qui nagent pourtant vers elle —
non pour croire, mais pour voir.
Ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont perdu,
ce qu'ils portent désormais —
rien de tout cela ne s'apprend sans cicatrice.
Mais rien de tout cela
ne s'apprend sans être vivant.
Extraits d'un roman constitué de : 1 Prologue · 12 Chapitres · 1 Interlude · 1 Épilogue
Des cycles passèrent. Les eaux changèrent.
Des courants autrefois tièdes devinrent froids comme la pierre, et les récifs, lentement, déplacèrent leurs ombres.
Lors de la nuit de Yalda — la plus longue de l'année —, Grand-mère déploya ses nageoires comme on entrouvre un coffret précieux.
Douze mille jeunes poissons se blottirent autour d'elle.
Comme une seule écoute.
Leurs écailles captaient la lumière lunaire. Noires comme l'encre. Rouges comme l'aurore. D'autres, sans nom.
Grand-mère sourit. Dans ses yeux : une lumière que nul parmi les petits ne sut nommer. Comme si elle avait nagé dans un temps avant les récifs.
Silence.
Les jeunes poissons frissonnèrent.
Elle les regarda longuement.
Elle traça lentement un cercle dans l'eau. Les particules suspendues s'y mirent à tournoyer, comme si le temps lui obéissait.
Onze mille neuf cent quatre-vingt-dix jeunes glissèrent dans le sommeil.
Mais dix petits poissons restèrent éveillés.
Leurs nageoires : immobiles. Leurs yeux : ouverts.
Pas la clarté de ceux qui comprennent. La clarté de ceux qui ont vu quelque chose et qui ne peuvent plus fermer les yeux.
Cette nuit-là, les dix poissons se regardèrent.
Puis une vieille tortue émergea des rochers. Sa carapace portait des sillons profonds, comme si les années y avaient gravé des courants oubliés. Un filament d'algue pendait de son cou, oscillant sans jamais se détacher.
Ses yeux avaient l'âge de la mer.
Elle marqua une pause. Même l'eau sembla ralentir.
Un silence.
Un autre silence, plus profond.
Elle les regarda un par un.
La tortue ferma les yeux.
Un long silence.
Puis elle disparut dans la nuit.
Les dix poissons se regardèrent.
Puis, sans un mot, ils se mirent à nager.
Contre le courant. Vers l'inconnu. Vers la troisième voie.
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