Mes créations · Parcourent les limites entre le particulier et l'universel · Créent une passerelle entre l'intériorité et l'apparent
II — Mes Écrits
On ne change pas le monde en nageant devant tout le monde. On le change en nageant à côté. En écoutant le rythme des autres. En ajustant sa nageoire quand un courant menace de disperser le groupe.
Ce qui capture n'a pas toujours de visage. Ce qui résiste, lui, a un corps.
Les chefs donnent des ordres. Les accordeurs créent de l'harmonie.
Ata Irvani
Texte et illustration originaux — Ata Irvani
→ Réservé aux maisons d'édition
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Écrit par Ata, Le Petit Poisson Rouge reprend l'univers poétique des poissons voyageurs pour raconter l'histoire d'un jeune poisson animé par la curiosité et le désir de découvrir ce qui existe au-delà de son environnement habituel. Inspiré par les récits du Petit Poisson Noir, il rêve d'exploration et de liberté.
À travers son parcours, le lecteur découvre l'importance du courage, de l'imagination et de la transmission des idées entre générations. Le poisson rouge symbolise l'espoir, la continuité et le renouvellement des rêves de liberté. L'histoire encourage chacun à dépasser ses peurs, à questionner les habitudes et à suivre son propre chemin. Le style poétique et les illustrations renforcent la dimension sensible et éducative du récit.
| Auteur | Ata Irvani |
| Illustrateur | Ata Irvani |
| Collection | Mes Écrits — II/IV |
| Statut | Cherche éditeur |
Extraits du roman — texte et illustration originaux d'Ata Irvani
Dans les profondeurs d'un récif aux mille teintes vivait un petit poisson rouge.
Il n'avait ni stature imposante ni force particulière. Rien, en apparence, ne le distinguait des autres.
Et pourtant, lorsqu'il passait entre les coraux, quelque chose retenait le regard.
Ses écailles captaient la lumière autrement. Un rouge dense, presque vivant. Comme une braise qui ne s'éteint pas.
Certains disaient que cette couleur ne venait pas de l'océan, mais d'ailleurs — d'un fragment d'aurore tombé dans les profondeurs.
Lui n'en savait rien.
Il nageait comme tous les autres. Il suivait les courants, évitait les rochers, cherchait sa place dans le mouvement du récif.
Mais parfois, sans raison, il ralentissait. Comme si quelque chose en lui résistait au flux. Comme s'il avançait… sans vraiment aller quelque part.
Un matin, alors que la lumière filtrait encore timidement à travers l'eau, un petit poisson bleu s'approcha. Il resta là, immobile, face à lui.
La question tomba simplement. Le poisson Rouge ouvrit la bouche. Rien ne sortit. Il chercha une réponse. Il ne trouva que du vide.
Le poisson bleu inclina légèrement la tête.
Le poisson bleu eut un léger mouvement, comme s'il allait répondre. Puis il se ravisa. Il repartit sans un mot, happé par un courant qui ne semblait jamais s'arrêter.
Le silence revint. Mais la question, elle, resta.
Le petit poisson rouge reprit sa nage. Quelques battements réguliers. Puis il ralentit. Quelque chose s'était déplacé en lui. Ce n'était pas une réponse. C'était une ouverture.
Il continua à nager, mais le récif n'était plus tout à fait le même. Les formes semblaient plus floues. Les mouvements plus routiniers. Autour de lui, les autres poissons suivaient les courants avec précision. Sans hésitation. Sans pause. Lui, pour la première fois, hésitait.
Pourquoi es-tu si rouge ?
La question revenait. Encore. Elle ne cherchait pas une explication. Elle cherchait un endroit où exister.
Le poisson rouge s'arrêta. Autour de lui, l'eau continuait de circuler. Les bancs passaient. Les ombres glissaient sur le sable. Tout avançait. Sauf lui.
Il resta là un moment. Peut-être trop longtemps. Puis il reprit sa nage. Mais désormais, il ne suivait plus seulement le courant. Il écoutait.
1. L'Éveil des eaux
Là où la nuit la plus longue de l'année s'installe, une grand-mère commence à parler.
Lors de la nuit de Yalda, fête persane célébrant la plus longue nuit de l'année, un très vieux poisson — que les petits nommaient Grand-mère — étendit ses nageoires.
Dans les eaux paisibles d'un modeste ruisseau vivait le Petit Poisson Noir. Il était seul de son espèce dans ce cours d'eau tranquille. Un matin, lassé de cette existence monotone, il confia à sa mère une aspiration qui l'habitait : partir.
Les poissons adultes, prisonniers de leurs habitudes, se moquèrent de lui. Mais lui, soutenu par quelques amis, décida de partir malgré leurs railleries. Il partit.
Son voyage fut long. Il arriva dans un étang où des têtards prétentieux se moquèrent de lui. Leur mère, une grenouille obtuse, voulut le chasser.
Plus loin, un crabe cruel tenta de le dévorer, mais un lézard posté sur un rocher l'écrasa d'un coup sec. Le lézard, bienveillant, parla au Petit Poisson Noir des dangers qu'il rencontrerait — le pélican, le poisson-scie, la mouette. Le Petit Poisson Noir poursuivit sa route.
Une nuit, il s'éveilla, baigné de clarté lunaire.
Elle n'eut pas le temps d'en dire davantage : le nuage recouvrit son visage, et la nuit redevint obscure.
Enfin, après de longues traversées, il atteignit la mer : vaste, lumineuse, infinie.
Le Petit Poisson Noir prit congé et monta vers la lumière. Le soleil chauffait son dos. Il nageait, porté par la lumière. La mort pouvait le frapper à tout moment. Mais il continuerait. Jusqu'au jour où il ne pourrait plus.
Une mouette fondit sur lui, l'attrapa et s'envola. Écrasé dans son bec, le petit poisson garda son calme.
Le Petit Poisson Noir se laissa aller. L'oiseau plongea à sa poursuite et le rattrapa aussitôt. Tout devint humide, sombre, étroit… l'intérieur du ventre.
Là, recroquevillé, un minuscule poisson pleurait.
Le petit poisson hocha la tête. Le Petit Poisson Noir se tortilla. La mouette éclata de rire, ouvrit grand le bec, et le minuscule poisson jaillit dans l'eau.
Il attendit… longtemps. Le Petit Poisson Noir ne sortait pas. Soudain, la mouette hurla, se tordit, puis tomba dans la mer. Après quelques soubresauts, elle s'immobilisa.
Il ne revit jamais le Petit Poisson Noir.
Dans le récif, onze mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf petits poissons agitèrent leurs nageoires.
Ainsi s'acheva le récit de la Grand-mère. Une à une, les voix s'éteignirent. Même la Grand-mère ferma les yeux.
Mais le douze-millième, le Petit Poisson Rouge, demeura éveillé.
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